À Châteaugiron, la réhabilitation de l’espace de loisirs de Rochaude n’est pas qu’une simple rénovation. C’est une aventure collective, où habitants, élus et services municipaux ont imaginé ensemble un lieu à la fois convivial, durable et respectueux de la biodiversité. Reportage sur une initiative qui redéfinit l’aménagement urbain, en plaçant la participation citoyenne et l’environnement au cœur du projet.
Entretien auprès de
Catherine Taupin, adjointe au sport – ville de Châteaugiron
Denis Gatel, adjoint en charge de l’environnement et du développement durable – ville de Châteaugiron
https://www.ville-chateaugiron.fr/Sports-loisirs

Un constat partagé : un espace vieillissant à réinventer
L’histoire commence par un constat : l’aire de loisirs de Rochaude, située en périphérie du centre-ville, montrait des signes de vieillissement. Ancien plateau de basket, espace de foot ensablé, aire de jeux pour enfants et zone boisée jouxtant le parc… Le site, créé il y a près de cinquante ans en même temps qu’un lotissement, manquait d’entretien et de dynamisme. « On était sollicités depuis plusieurs années par les riverains, notamment pour l’entretien du bois et la sécurité des lieux », explique Denis Gâtel, adjoint en charge de l’environnement et du développement durable.
Plutôt que de décider en mairie, la commune a choisi une approche inédite : associer les habitants dès la conception du projet. précise Mme Catherine Taupin adjointe au Sport impliquée dans le dossier. L’idée était d‘associer les habitants pour réhabiliter cet espace de manière durable et inclusive. »
La concertation citoyenne : une quarantaine de voix pour un projet commun
La première étape ? Une réunion sur site, annoncée par boîtage dans le quartier. Résultat : une quarantaine de participants, jeunes, familles, seniors, tous venus partager leurs attentes et leurs idées. « On est arrivés avec des propositions, comme refaire un terrain multisports, se souvient Catherine Taupin. Mais les habitants ont rapidement exprimé leur souhait de garder un espace en harmonie avec la nature, sans équipement trop massif. »
Les échanges ont révélé des besoins variés : conserver un espace foot, mais plus réduit ; réintégrer des terrains de boules pour les joueurs locaux ; créer des tables de pique-nique ombragées pour les familles ; et surtout, préserver la zone boisée, cœur de biodiversité du site. « Certains voulaient de l’éclairage pour la sécurité, d’autres refusaient pour protéger les insectes, raconte Denis Gâtel. Ces débats ont été très riches, et les riverains se sont répondus entre eux. »
Un aménagement durable et accessible à tous
Le projet final reflète cette concertation :
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Des équipements sportifs repensés : le terrain de basket et l’espace foot ont été rénovés, mais sans excès, pour rester en phase avec l’environnement boisé.
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Des espaces de convivialité : des tables de pique-nique en bois, fixées au sol et accessibles aux personnes à mobilité réduite, ont été installées sous les arbres.
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Une gestion écologique du bois : deux après-midis de travaux participatifs ont permis de nettoyer le sous-bois, d’identifier les arbres vieillissants à abattre, et de replanter des bulbes (narcisses, cyclamens) et des fruitiers (noisetiers, noyer).
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Une accessibilité renforcée : les allées ont été ressablées pour faciliter les déplacements, y compris pour les personnes en fauteuil.
« L’objectif était de redonner une jeunesse à cet espace, tout en le rendant accessible et respectueux de la biodiversité », résume Denis Gâtel.
Biodiversité et trame noire : un choix assumé
La question de l’éclairage a été un sujet de débat. Finalement, la commune a choisi de ne pas éclairer le parc, pour préserver la faune nocturne et la « trame noire ». « Certains riverains auraient aimé des lumières pour rentrer plus tard, mais la majorité a préféré protéger l’environnement, explique Denis Gâtel. C’est un compromis qui montre l’évolution des mentalités. »
Le bois, lui, a été traité avec soin : le lierre, parfois envahissant, a été partiellement retiré pour aérer les arbres, mais conservé là où il favorise la biodiversité. « On a appris aux habitants que le lierre n’est pas toujours nuisible, souligne Denis Gâtel. C’est un équilibre à trouver. »
Un projet pilote pour la commune
La réhabilitation de Rochaude s’inscrit dans une démarche plus large de la ville, qui multiplie les projets participatifs et écologiques. « On veut que les habitants s’approprient leur quartier et leur environnemen.On a déjà une douzaine de projets participatifs sur Châteaugiron. On organise des conférences, des ateliers, et on encourage la participation régulière. »
Le suivi du site se fera avec les riverains, via des actions citoyennes (plantations, nettoyages) et une convention « Jardinons citoyen ». « Le projet est budgétisé sur deux ans, précise Denis Gâtel. La première année était dédiée au bois et aux allées, la seconde aux espaces sportifs et de jeux. »
Et demain ?
La commune envisage déjà d’étendre cette méthode à d’autres quartiers. « L’idée est de faire évoluer les mentalités, conclut Denis Gâtel. On veut passer d’une vision horticole, où tout est tiré au cordeau, à une approche plus naturelle, où la biodiversité a sa place. »
À Châteaugiron, la réhabilitation d’une aire de loisirs est bien plus qu’un chantier : c’est une leçon de démocratie locale et d’écologie appliquée conclut Catherine Taupin