Rencontre avec Nicolas Dayot, président de l’UBHPA et de la FNHPA, et Mathilde Raphalen, chargée de mission transition écologique UBHPA.
En 2025, l’hôtellerie de plein air bretonne confirme sa place de leader du tourisme régional, avec plus de 14 millions de nuitées, soit plus de la moitié de la fréquentation des hébergements collectifs. Face à cette dynamique, le secteur doit relever deux défis majeurs : réduire son empreinte écologique, notamment via une gestion optimisée de l’eau, et s’adapter aux risques climatiques croissants. Rencontre avec Nicolas Dayot, président de l’UBHPA et de la FNHPA, et Mathilde Raphalen, chargée de mission transition écologique, pour décrypter les enjeux et les solutions innovantes mises en œuvre.
1. Une fréquentation en hausse, portée par l’investissement et l’innovation
En 2025, les campings bretons ont enregistré une fréquentation record, dépassant les 14 millions de nuitées, contre 8 millions en 2010. Ce bond s’explique par un investissement massif (20 à 25 % du chiffre d’affaires annuel) dans des équipements modernes : mobil-homes, chalets, piscines, espaces bien-être et animations. « La Bretagne a rattrapé son retard par rapport à d’autres régions littorales, souligne Nicolas Dayot. Aujourd’hui, la moitié des emplacements sont équipés, contre 30 % il y a quinze ans. »
Cette croissance s’inscrit dans une logique de tourisme accessible et durable, avec une clientèle de plus en plus exigeante en matière de confort et de services. « Nous sommes le premier hébergement collectif en Bretagne, devant les hôtels et les résidences, rappelle Nicolas Dayot. Notre force ? Une souplesse qui nous permet d’évoluer rapidement, contrairement aux infrastructures plus rigides. »
2. Gestion de l’eau : un enjeu clé pour la sobriété écologique
L’UBHPA a été lauréate de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) « Gestion des ressources en eau » d’Atout France, avec un projet ambitieux : massifier les bonnes pratiques hydriques dans les campings. « L’objectif est double, explique Mathilde Raphalen : réduire les consommations et détecter les fuites, tout en sensibilisant les acteurs. »
Parmi les actions phares :
-
La télérelève des compteurs : 88 campings bretons se sont portés volontaires pour équiper leurs compteurs principaux de capteurs connectés, permettant une détection en temps réel des fuites en moyenne 150 € d’économies mensuelles par camping). « Les données sont partagées avec notre fédération, ce qui nous permet d’analyser les tendances et d’agir collectivement », précise Mathilde Raphalen.
-
L’accompagnement personnalisé : Depuis 2020, plus de 200 campings ont bénéficié d’un prédiagnostic individualisé, incluant un plan d’actions vers des solutions adaptées (réducteurs de pression, récupération d’eau de pluie, etc.).
-
La mutualisation des coûts : Grâce à une subvention groupée obtenue auprès de l’Agence de l’eau, les campings accèdent à des équipements à moindre coût.
Un défi persistant : les lourdeurs administratives. « Obtenir l’autorisation de poser un capteur sur un compteur peut prendre des mois, regrette Nicolas Dayot. Sans accompagnement, beaucoup de chefs d’entreprise abandonnent. »
3. Adaptation climatique : un impératif pour la résilience des campings
La Bretagne, moins exposée que l’Occitanie ou la Nouvelle-Aquitaine, n’est pas épargnée par les risques d’érosion, d’inondations et d’incendies. La FNHPA a présenté en décembre 2025 un plan d’adaptation au changement climatique au Sénat, proposant des mesures concrètes :
-
Des hébergements résilients : Chalets sur pilotis en zone inondable, bâtiments surélevés avec transparence hydraulique (ex. : réception du camping de l’Hérault).
-
Des protections adaptées : Maintien des enrochements en bord de mer pour limiter l’érosion, malgré les restrictions actuelles.
-
Une stratégie foncière : Relocalisation partielle des campings (ex. : déplacement de 10 hectares dans le Cotentin, compensé par une renaturation équivalente).
Le frein majeur ? La rigidité réglementaire. « La loi Littoral et les plans de prévention des risques interdisent souvent les adaptations, déplore Nicolas Dayot. Il faut des dérogations pour l’adaptation climatique, sans artificialiser de nouveaux sols. »
4. Transition énergétique : vers l’autonomie et les ENR
Si les campings sont de grands consommateurs d’énergie (éclairage, chauffage, piscines), ils misent sur :
-
Le solaire thermique : Pour chauffer l’eau des sanitaires et des piscines, avec un accompagnement technique grâce au partenariat avec ATLANSUN .
-
La géothermie et la biomasse : Des solutions en test dans plusieurs campings labellisés Clé Verte.
-
Les bornes de recharge électrique : En développement pour répondre à la demande des clients.
Un levier clé : l’accompagnement financier. « Les subventions et appels à projets sont essentiels, les démarches restent complexes, indique Mathilde Raphalen. Notre rôle est d’identifier les solutions les plus adaptées pour les campings. »
5. Perspectives : un secteur en mouvement, malgré les obstacles
Pour Nicolas Dayot, l’hôtellerie de plein air a un rôle central à jouer dans le tourisme durable : « Nous sommes ancrés dans les territoires et accessibles à tous. Mais pour réussir notre transition, il faut :
-
Un cadre réglementaire adapté : Assouplir les règles pour permettre l’adaptation climatique.
-
Un accompagnement renforcé : Comme le programme ECOD’O de la CCI, qui a accéléré les économies d’eau.
-
Une vision long terme : Protéger le tourisme, 4e poste excédentaire de la balance commerciale française. »
Un message fort : « L’adaptation climatique, c’est zéro euro pour l’État. Il suffit de changer les lois ! »
Avec une fréquentation en hausse et une volonté affirmée de durabilité, l’hôtellerie de plein air bretonne trace sa voie. Entre innovation technique, mutualisation des coûts et plaidoyer pour un cadre réglementaire adapté, le secteur prouve qu’il est possible de concilier croissance économique et transition écologique. « Notre objectif ? Que la Bretagne reste une destination phare, tout en préservant ses ressources, conclut Nicolas Dayot. C’est un défi collectif. »
Pour aller plus loin :
-
Lien vers le plan d’adaptation climatique de la FNHPA (disponible sur demande).
-
Exemples de campings engagés : Lauréats des Trophées du Développement Durable de la FNHPA : https://fnhpa-pro.fr/actualites/trophees-du-developpement-durable-2025-felicitations-aux-laureats/
Chiffres clés :
-
14 millions de nuitées en 2025 (vs 8 millions en 2010).
-
25 campings équipés de télérelève en 2025 (objectif : équiper les 88 campings qui se sont portés volontaires).
-
7 à 10 tonnes de D3E (déchets électriques) collectés en 2025 via des collectes groupées.