Terre Vorace : quand le lombricompostage transforme les biodéchets des entreprises

La gestion des biodéchets est un défi majeur pour les acteurs économiques. Fondée en mars 2024, la jeune société propose une solution innovante : un service de gestion par lombricompostage connecté, spécifiquement pensé pour les professionnels et les collectivités. L’objectif est simple : transformer ces ressources directement sur place, tout en impulsant une véritable dynamique écologique et collective au bureau.
Entretien avec François Friscourt,
Fondateur de Terre Vorace

« Au-delà de l’obligation légale, c’est un symbole et un acte tangible. J’ai mis mon café, j’ai mis ma peau de banane et j’ai du compost à la fin. »

Une boucle locale, in situ et low-tech

Terre vorace cible principalement les structures à partir de cinq salariés, comme les espaces de coworking, les lieux d’éducation ou les agences de services. Ces lieux génèrent de petits restes au quotidien (marc de café, thé, reliquats de repas). La force de Terra vorace réside dans son traitement dit in situ : les lombricomposteurs métamorphosent la matière organique sur le lieu même de sa production, grâce au travail conjoint des micro-organismes et des vers de terre.

Inspiré par le Low-Tech Lab, le fondateur, designer industriel de formation, a conçu une solution simple pour éviter de générer de nouveaux déchets. « Le modèle repose sur un service complet : l’équipe installe le matériel, forme les collaborateurs pour déconstruire l’image souvent négative des vers, se charge de l’entretien intégral et des maintenances régulières du lombricomposteur, et gère la collecte et la redistribution du compost » indique François Friscourt. Ce précieux terreau retourne alors aux employés pour leur usage personnel ou bénéficie à l’agriculture urbaine locale, comme la ferme pédagogique l’Agronaute à Nantes.

L’expérimentation fructueuse de Nantes Université

Le partenariat initié avec Nantes Université offre un parfait cas d’usage. Désireuse d’expérimenter diverses manières de gérer ses déchets dans le cadre de sa transition environnementale, l’université a installé le système sur six de ses sites. L’adhésion a été particulièrement forte du côté du personnel administratif et des chercheurs. Certains instituts de recherche l’ont si bien adopté qu’ils utilisent leur compost produit pour cultiver des pieds de tomates depuis deux ans.

Les résultats environnementaux sont concrets et documentés : depuis mars 2024, «ce sont 920 kilos de biodéchets qui ont été pesés et valorisés sur le campus» affirme Mr Friscourt. En bout de chaîne, 195 kilos d’engrais naturel ont été distribués pour le jardin partagé Graine de Joe et directement aux collaborateurs. Fait plus inattendu, ces composteurs créent un réel lien social : les usagers s’intéressent à l’écosystème, prenant même des nouvelles des vers lors du passage des équipes de maintenance.

Vers une massification vertueuse et circulaire

 Si le tri des biodéchets est une obligation légale depuis 2024, un important travail de pédagogie reste nécessaire auprès d’entreprises encore mal informées. Demain, le défi majeur sera de ne plus incinérer massivement ces matières avec les déchets ménagers, mais de les considérer enfin comme une bio-ressource. « L’approche de Terre Vorace présente un atout logistique indéniable : en produisant et valorisant dans un rayon de cinq kilomètres, le système permet de supprimer 80 % des déplacements liés aux collectes traditionnelles » conclut Mr Friscourt.

L’entreprise entend désormais consolider sa présence dans les Pays de la Loire avant de viser les métropoles du nord de la France et les pays frontaliers européens, peut-être par le biais de franchises locales. Aux entreprises hésitantes, le message est de ne pas sous-estimer ce gisement, qui représente au minimum six kilos annuels par employé.

« Enfin, sur une note plus personnelle mais tout aussi engagée, le fondateur conclut cette démarche tournée vers le vivant en appelant chacun à effectuer un geste citoyen : s’inscrire au don de moelle osseuse. »